Rouler de nuit en Ardennes (récit solo)

La fin d’après midi se dessine. Le poney est prêt depuis la pause de midi. Les nouveaux équipements lumineux sont chargés. Il est 17h30, on ne fera pas de rab aujourd’hui.
J’ai retrouvé la trace de la nocturne de 90 kms que nos raidars ont suivi cet été. Je pense que je vais en arpenter une partie.

Mais pourquoiaaaaAAAAHHHH ????
Quelques dates sont posées pour cette année 2019. Une échéance début avril se présente comme un très gros challenge personnel. Le but y sera de connaitre mes limites mentales et de découvrir jusqu’où mon corps acceptera de me porter. En attendant, un minimum de préparation s’impose à moi car le but ultime sera de finir la course.
Le programme en place d’ici là sera : sorties courtes et cardio, sorties longues avec vitesse moyenne maîtrisée, sorties de nuit, un peu de route pour éprouver le fondement et l’endurance s’avoir s’alimenter et boire (autre chose que de la bière….pfffff). Ce soir, j’ai donc prévu de rouler à la tomber de la nuit afin de profiter des quelques derniers apports du soleil et d’assister au coucher du soleil sur nos Ardennes. On va également tester l’autonomie des lumières et gérer l’énergie du bonhomme en mousse. (ça c’est juste cadeau pour que ça chante dans votre tête toute la journée)

Soleil Rouge

Il est 17h40 quand j’enfourche mon poney. Il fait encore jour alors que je commence à monter derrière notre SMA par le chemin caillouteux de Feuchères.
Le soleil orange est au loin, le chemin est aussi passionnant qu’à l’habitude….juste un mauvais moment à passer, je profite du paysage.
Après avoir échangé quelques mots avec un autochtone triathlète qui passait par là, je suis le soleil rouge qui m’emmène sur les hauteurs d’Elan.
Le ciel est éclatant de couleurs pastel. Il n’y a pas à dire, elles sont belles nos Ardennes et ce ne sont pas les 3 chevreuils que je vais déranger plus loin qui me feront mentir.
Dans une clairière, après avoir longé la route par notre single en sous bois, ils seront deux culs blancs à se sauver alors que le troisième me regardera en coin, la tête haute, fier comme Artaban. Je crois que je fais du VTT pour voir ce genre de choses.

Je vais descendre rapidement sur Sapogne afin de traverser le village calme, et longer le cimetière afin de rejoindre les champs parfois sombres et labourés mais parfois verts de pousses encore très jeunes.
Le soleil est maintenant en train de montrer ses dernières lueurs, et le frais, déjà, se fait sentir. Il est indiqué 6 degrés sur le gps, ça ne remontera pas au-dessus.
Après les champs, la forêt. Je m’engage sur des chemins que je ne connais pas du tout. (merci la trace, et donc merci les raidars). Des bois agréables, des chemins variés tantôt larges tantôt en singles. La barrière végétale coupe un peu l’humidité et la sensation de frais est moins présente. J’allume mes lumières, frontale et sur le cadre, afin de me frayer un chemin dans la nuit tombante et éviter les pièges. (Aparté : C’est tellement génial, parfois, de rouler sur un chemin à peine couvert par la lumière du jour, et de se voir engloutir par l’entrée d’un bois où il fait nuit noir. J’adooooore !)

Entrée sombre

Je vais ainsi traverser la forêt de la vierge où je ne la verrai d’ailleurs pas. En contre partie, je rencontrerais, tour à tour, plusieurs chevreuils parfois seuls ou en groupe, un blaireau, et quelques bruits de fuyards qui courent dans les feuilles mortes.
Cela m’amène à l’entrée de l’arboretum de Vendresse. (Avant ça, je vais faire un petit détour « complètement volontaire » vers le tout dernier espoir du soleil qui se bat contre la nuit, en oubliant de regarder mon gps….. résultat, tu fais demi-tour et tu remontes ! Quand t’as pas de tête, il faut des jambes !).
Je tourne donc dans l’arboretum, en empruntant tout d’abord queslques singles puis des sentiers bordés d’arbres gigantesques et parfaitement alignés. Ce décor est extra plaisant et me dirige, telle Main Street à Mickeyland, vers des attractions quelques peu plus techniques et parsemées de branches ou d’ornières qui traversent dangereusement. Je suis arrivé en bas de la bute sur un chemin gras, très très humide. Le frais s’est transformé en froid. Le soleil a abdiqué. La température est de 5 degrés. Vendresse est recouvert d’un voile de fumées de cheminées que mon magnifique tour de cou du Raid va m’aider à filtrer… Bref, vous m’imaginez conquis par cet instant de pur bonheur… huuummm

M’échapant par Terron-lès-Vendresse, je traverserais la forêt des Basses Crêtes accompagné, une nouvelle fois, par des cervidés. Barrière vttUne nuée de volatile va également me surprendre. Ce sont plusieurs départs sur une centaine de mètres qui vont me faire imaginer de grandes envergures qui se fraient difficilement un chemin dans les hautes branches. Mais jamais j’en verrai un bec.
Les yeux scintillent dans la lumière de ma frontale pour me guider jusqu’à la barrière du Fossé des Vaches aux abords de Louvergny. Il n’y a que les lumières aux fenêtres qui laissent une preuve de vie dans le village. Quelques odeurs de bois brûlé, une légère brume, et je traverse en silence pendant que ma lumière de cadre s’endort tranquillement. (note pour moi-même, à pleine puissance, elle tient 2 heures…..va falloir faire différemment pour avril)

Ruisseau de BaironJe rejoins les bords du ruisseau de Bairon où je vais traverser plusieurs ponts pour aller jusqu’à l’étang. Deux ponts en béton et tôle, puis trois petits ponts de bois qui ne tenaient plus guère que par un grand mystère et deux piquets tout droits…. oups, je m’égare. Surtout qu’ils tiennent très bien depuis qu’ils ont été recouvert de rondins de bois vert, rhhaaaaaa, pardon. Où en sommes nous ?! Ah oui ! Donc je ne longerai que le vieux Bairon car deux lumières moins une lumière ne font plus qu’une lumière….. Je change donc mes plans de départ. (Qui étaient de suivre la trace des Raidars jusqu’au Mont-Dieu puis de reprendre la route pour rentrer; objectif estimé de 70 kms). Mais là, je commence à me dire que si la frontale s’arrête, je vais commencer à galérer et être dangereux sur la route. Ainsi je vais me diriger vers Sauville pour reprendre la direction du bercail.

Je vais vous passer cette fin tragique où le vent défavorable me rafraîchit les orteils, où je remarque les monceaux de détritus qui jonchent les bas côtés jusqu’à la Marlière. Le retour se fait donc sans encombre et avec un rythme plutôt honnête pour un poilu sur roues à crampons. J’aurai tout de même trois chevreuils qui me suivront quelques mètres en bord de champs au niveau de La Cassine puis un blaireau qui me souhaitera bonne chance tout en s’engouffrant dans un talus des bois de la Marlière.

C’est ainsi que je suis rentré boire mon Picon mérité. La prochaine fois, je refais la trace en été. Merci pour le tracé les raidars.

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